Stop Croisières, XR et ECAN à la poursuite de l’AZAMARA QUEST

La croisière s’amuse, nous coulons.

Le collectif ECAN (European Cruise Activist Network) et Extinction Rebellion lancent ce printemps une Cruise Pursuit au départ de Marseille contre l’Azamara Quest, qui propose une croisière de luxe de 35 jours en Europe. Ces actions ont pour objectif de dénoncer l’industrie des croisières, le sur-tourisme et les émissions de gaz à effet de serre des plus riches, au détriment des enjeux environnementaux.

Crédit – Gaëlle Matata

Ainsi, les activistes se lancent à la poursuite de ce bateau, c’est Marseille qui ouvre le bal !

Tôt vendredi 24 mai, le navire a été « accueilli » par le collectif Stop Croisières à grand renfort de cornes de brumes. Les croisiéristes sont descendus de leurs cabines et ont pu voir les messages portés par les embarcations des militant.e.s.

Les croisières de luxe, symbole d’une minorité fortunée déconnectée

C’est dans un luxe débridé et une irresponsabilité totale que l’Azamara Quest navigue sur toutes les mers. Ce bateau visite jusqu’aux pôles Nord et Sud, invitant ses voyageurs à observer la fonte des glaces et la disparition de la banquise à laquelle il contribue…

Crédit – Gaëlle Matata

Pour la croisière autour de l’Europe, il réalisera un voyage d’environ 4000 miles marins, et émettra 1940 tonnes de CO21 uniquement pour la consommation de carburant. Cela représente 3 tonnes de CO2 par croisiériste pour un seul voyage, tandis qu’il ne faudrait pas dépasser les 2 tonnes par personne et par an pour respecter les Accords de Paris d’ici 2050. Et cela sans compter les biens consommés à bord et le fait que la majorité de croisiéristes font l’aller-retour en avion.

Déconnectés des enjeux écologiques et de la réalité du dérèglement climatique, les 10% les plus riches sont responsables d’un quart des émissions de la France. Quant aux 1% des plus riches dans le monde (77 millions de personnes), ils représentent 16% des émissions mondiales liées à la consommation en 20192. Les plus riches sont ceux qui polluent le plus et qui subissent le moins durement les conséquences du changement climatique.

Un greenwashing insupportable

Outre son impact climatique, ce bateau pollue la mer et l’air, en échappant aux législations sociales et environnementales.

Comme de nombreux autres navires, la compagnie exploitant l’Azamara Quest a choisi de l’équiper de scrubber : afin de se conformer aux réglementations actuelles sur la pollution de l’air tout en continuant d’utiliser du fioul marin peu raffiné et à bas coût, il utilise ces « laveurs de fumées » qui permettent de transférer la pollution de l’air directement dans la mer en rejetant des eaux très acides et chargées en métaux lourd et hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Bien loin du faste et du verdissement affichés pour attirer la clientèle, cette pollution invisible constitue une grave atteinte à la biodiversité marine3.

Crédit – Gaëlle Matata

Par ailleurs, le scrubber ne limite que la concentration en dioxydes de souffre et pas les particules fines et les autres polluants qui se trouvent dans la partie respirable de l’air : avec ou sans scrubber, les concentrations de particules inhalables sont pratiquement identiques4.

De plus, bien que la compagnie qui exploite le navire soit américaine, celui-ci est immatriculé à Malte, l’un des quatre principaux pavillons de complaisance permettant aux armateurs d’échapper aux législations sur le travail, à l’impôt, aux contrôles environnementaux.

Nos revendications

Crédit – Gaëlle Matata

Aussi, Stop Croisières Marseille, le collectif ECAN et Extinction Rebellion dénoncent ce tourisme mortifère et demandent :

  • La réduction radicale de l’activité des navires de croisière en Europe, pour ensuite conduire à leur disparition.
  • L’arrêt immédiat des expansions portuaires et la diminution des infrastructures portuaires destinées au secteur des croisières.
  • Une communication honnête sur les fausses solutions comme le GNL, les scrubbers ou l’alimentation à quai, puisqu’aucune de ces technologies actuelles et futures n’empêchera un navire de polluer.
  • L’expansion et le maintien d’efforts communs par les gouvernements et les industriels dans toute l’Europe pour faire de ces revendications une réalité et prendre en compte les inégalités Nord-Sud mondiales.

A Marseille

Crédit – Gaëlle Matata

Nous demandons une consultation citoyenne concernant le projet de terminal de croisières de luxe sur l’esplanade du J4. Le projet consiste en un bâtiment de 1000 m2 et d’une hauteur maximale de 11m avec l’objectif d’accueillir 100 escales par an5.

En effet, étant donné les très nombreuses incidences de ces bateaux sur l’environnement, notre cadre de vie, notre santé, nous estimons qu’il est grand temps de commencer à limiter cette activité plutôt que d’encourager sa croissance. En outre, cet aménagement sur un espace public pour les loisirs d’une minorité ultra-fortunée est à questionner.


1 Selon la base de données Thetis MRV, ce bateau émet 486 kg de CO2/miles

2 Oxfam : les 1 % les plus riches émettent autant de CO2 que deux tiers de l’humanité,

https://www.oxfam.org/fr/communiques-presse/les-1-les-plus-riches-emettent-autant-de-co2-que-deux-tiers-de-lhumanite

3 « Assessment of possible impacts of scrubber water discharges on the marine environment ». Consulté le: 2 décembre 2023. [En ligne]. Disponible sur : https://www2.mst.dk/Udgiv/publications/2012/06/978-87-92903-30-3.pdf

4 Ralf Zimmermann, directeur de recherches à l’université de Rostock

5 https://mesinfos.fr/provence-alpes-cote-d-azur/marseille-rccl-et-alfonso-femia-vont-realiser-la-gare-maritime-du-j4-119776.html